Le périlleux destin
d'Emilien Poulain
En ce dimanche matin, Emilien Poulain se demandait ce qu'il pourrait bien faire pour changer le monde.
Aller se promener, sans doute, et proposer son aide à qui veut...
Mais le destin en décida autrement, sous la forme d'un appel téléphonique.
C'était sa mère, qui annonça que le paternel d'Emilien Poulain venait de tirer définitivement, sa révérence.
Après cet appel, il resta un moment à parler seul, à son père.
Puis ils écoutèrent un morceau de musique, celui qu'Emilien avait déjà choisi pour sa propre oraison funèbre. Il se dit qu'il irait peut-être bien à celle de son père.
Emilien décida de déjeuner, puis d'aller retrouver sa famille, à 2 heures de train de là. Cela lui coûterait ses derniers euros, mais sentait-il, sa place était là-bas.
Le dernier homme de cette branche de la famille sauta donc dans le métro, arriva à la gare RER d'Austerlitz, et pris un aller-simple.
Puis il n'eût qu'une envie, se griller une clope avant le trajet.
Avant d'arriver au dehors, devant les Escalators, un étranger lui tendit un billet de train, lui demandant en anglais où était son quai.
Le cerveau embrumé d'Emilien mit un peu de temps à décoder "PARIS AUSTERLITZ - TOULOUSE".
Il expliqua en grand breton qu'ici, c'était pour les suburbs of Paris, qu'il fallait remonter l'escalier et tourner this way pour les grandes lignes.
Le voyageur pressé took his legs at his neck...
En fumant, Emilien réalisa qu'un autre jour, il l'eût guidé sans hésiter jusqu'à son train.
Aujourd'hui, il accusait manifestement du retard dans l'altruisme, et la traduction "Français/Franglais"...
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Il arriva après 20 minutes de marche à la demeure familiale, en même temps que le véhicule qui devait emporter le corps. Et entra avec ces employés dans la chambre où il se trouvait, vit
qu'il semblait dormir.
Le père l'Emilien Poulain avait survécu à la seconde guerre mondiale, à la guerre d'Algérie, au décès d'un de ses frères, puis de sa soeur, puis plus tard de ses parents, au cancer de
son autre frère, à deux cancers lui-même dont un lui ayant ôté la parole, le goût et l'odorat, et il avait survécu à ce monde de fous...
Depuis quelques temps, cela se sentait, cet homme blessé aspirait à quitter la couche active de la vie.
Alors, après tant d'épreuves, qu'il soit parti dans son sommeil, d'une simple panne du coeur, semblait une très honorable conclusion.
Les voisins arrivèrent, très affectés. Les larmes coulèrent abondement, car ils appréciaient la compagnie du père d'Emilien, depuis 35 ans.
Ils étaient là lors de son absence de réveil, découvrant la froideur de son enveloppe charnelle.
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Il y eu quelques visites tout au long de cette après-midi, puis le soleil se mit à briller.
Emilien offrit de son thé préféré à tout le monde, et un paquet d'encens "Geet Govind" à sa maman.
Sa soeur et sa nièce arrivèrent en dernier. La petite, 7 ans, ne réalisait pas vraiment, et fila jouer bruyamment au foot dans le jardin des voisins.
Le défunt aimait beaucoup le football... Il avait d'ailleurs regardé le second match de l'Euro 2008, avant d'aller se coucher, son dernier soir.
Aussi, Emilien proposa, et insista pour que toute la maisonnée migre chez les adorables voisins, et leur mette la pâtée au foot ! Il avait lui-même, envie d'honorer ainsi la mémoire de son père,
et de se dépenser.
Il mouilla le maillot, et aussi le pantalon.
Il était tant en sueur que lors d'une tête ratée, l'eau de son front éclaboussa ses lunettes...
La vie continuait, dans cet étrange moment de fièvre.
Après quoi, les voisins demandèrent à Emilien de pousser leur voiture, qui refusait de démarrer sans aide. Il le fit bien volontiers, aidé en cela par un autre gaillard.
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Il n'y eu plus de larmes.
Emilien avait un important RV professionnel tôt le lendemain, il devait partir.
Sa mère lui donna un peu d'argent pour rentrer et revenir, ainsi qu'un bocal de cuisses de canard aux pommes...
Il la serra contre lui, ce qui n'était pas courant.
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Sur le quai de la gare, Il remarqua un voyageur qui se demandait comment composter son billet, devant une borne pour les cartes Navigo... et lui montra le composteur pour billets, placé juste
derrière.
L'homme le remercia, un peu gêné.
Dans le train, presque rien. Il écouta de la trance à fond sur son lecteur mp3, faillit pleurer à plusieurs reprises, serra les dents, et fini par se sentir presque en paix.
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Une fois chez lui, plus que tout autre soir, Emilien aurait pourtant aimé pouvoir étreindre une âme-soeur, ou poser sa tête sur ses genoux, s'y laisser caresser doucement les cheveux.
Cette fois encore, il devrait compter sur lui seul.
Ainsi était son destin.
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