Deux jours avant, Emilien Poulain sentait en rentrant à pied de son travail, que ses genoux l'emmenaient vers un lieu qui appelait ardemment sa
présence.
Quelques signes apparurent.
Tout d'abord une fille, pour jouer, donna un coup de genoux dans le service trois pièces de son copain. Comme il souffrait, elle s'excusa comme elle pu !
Puis Emilien croisa un ami SDF, qui le traîna dans un rade. Là, une ivrogne lui envoya quelques coups réellement violents, dans le dos ou les épaules. Emilien essaya de lui expliquer
qu'elle ne devait pas frapper son ami, mais l'ivrogne ne comprenait déjà plus rien à rien, et lui chercha querelle à son tour.
Emilien préféra botter en touche en migrant vers un autre comptoir, un bar arabe, ou "barabe". Dans ce dernier, il remarqua immédiatement que la serveuse, une amie, avait perdu
la joie et le regard pétillant qui la caractérisait. Il lui demanda ce qui se passait.
Comme elle refusait de le dire, il lui avoua qu'il avait perdu son père récemment, et qu'il était difficile de faire pire.
"... Ben regarde, j'ai des bleus là (sur le visage, cachés par un peu de poudre), sur les bras, et partout sur les jambes. C'est mon mec qui m'a fait ça..."
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La colère monta en Emilien.
Il compris que là était sa nouvelle mission...
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Son amie refusait de porter plainte. Le plan classique de la femme battue, qui espère que Brutus s'apaisera avec le temps.
Emilien expliqua qu'elle méritait mieux, que frapper une femme était illégal, et que ça n'était ni de l'amour, ni tolérable.
En partant du bar, désargenté, pour aller regarder le match mafieux contre l'équipe de France de foot chez lui, il se demanda si elle était en mesure de comprendre son propos.
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Faudrait-il l'aider malgré elle ?
Était-ce seulement possible ?
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Le jour suivant, après avoir raclé les fonds de tiroirs, Emilien trouva un dernier euro vingt, soit un verre de vin. Il se rendit donc au même zinc.
La situation n'avait pas changée, d'après son amie. Elle n'avait pas rompu, mais parlé clairement à son bourreau. Impossible néanmoins de savoir ce qui s'était dit.
Tout à coup, elle se renferma.
Emilien compris que Brutus était là...
Il posa des questions, afin de s'assurer de sa cible, et pour démêler le fond de l'histoire. Mais toujours entre deux clients, la serveuse lâchait difficilement les mots.
Il lui proposa d'aller fumer dehors. Elle avoua que c'était tel homme, de façon assez vague.
Un client l'appela, et elle posa sa cigarette à peine allumée.
Quelques instants plus tard, celui qu'Emilien considérait être "Brutus" approcha et se saisit de ladite cigarette. Il en profita immédiatement.
- Ce n'est pas ta cigarette, repose la tout de suite.
- Je lui ai demandé si je pouvais la finir (c'était faux). Qui tu es toi ?...
- Je suis son ami. - Emilien vissait ses yeux dans ceux de Brutus, en serrant la mâchoire. - Son ami ?... Je connais tous ses amis ! T'en es pas un !
- Tu ne les connais pas tous... Et je veille sur elle comme un ami. Je ne supporte pas qu'on lui fasse du mal. - Emilien sentait la rage monter. - Je ne te connais
pas toi ! Je ne lui ferais jamais de mal, ni à elle, ni à personne, mais tu me fais peur là. On dirait que tu vas me virer du bar...
Emilien pris son temps pour répondre, se fit craquer les cervicales.
- Ça se pourrait bien... Tu as éteint la lumière dans ses yeux. Je ne le supporte pas. Elle est très mal à l'aise en ta présence. Tu ferais mieux de partir.
A ce moment, la serveuse revint et enguirlanda Brutus d'embêter son ami ! Elle dit à Emilien "Ça va aller, Julien ? Oui, Brutus, c'est le français avec qui j'ai été pendant 8 ans..." - Ce qui
était évidemment faux. Un autre client l'appela, et elle s'éclipsa à nouveau.
Brutus nia encore lui avoir fait du mal. Emilien cru bon de vérifier auprès de la serveuse. Était-ce bien lui ?
Elle nia que c'était celui qui la frappait, peut-être désireuse d'éviter à la fois qu'on se batte pour elle sur son lieu de travail, et que Brutus ne la tabasse ultérieurement...
"Ne cherche pas à comprendre... Il y a du monde ici, il fera rien..." - dit-elle en regardant ses pieds.
Emilien essaya de la raisonner, en vain. Il senti qu'elle rejetait son aide, alors même que la testostérone coulait en rafales impatientes dans ses veines.
Enragé, il préféra quitter les lieux, cogna dans un mur pour se défouler.
Brutus avait aussi quitté le bar, c'était déjà ça.
Nul doute qu'il y reviendrait.
Emilien aussi... car sentait-il, d'autres évènements se préparaient, et il aurait un rôle à y jouer.
Aujourd'hui, Emilien était argenté. Il arriva tôt au barabe pour s'enquérir de l'évolution de la situation, et siroter un cola.
Comme lui et apprit-il, un autre client, avaient sermonné Brutus la veille, celui-ci avait cru judicieux de molester la demoiselle à la nuit venue. "C'est quoi ces mecs que tu m'envoies,
là ???"... Scène brutale dans la salle de bain, où elle se vit mourir.
Cela la fit réagir, appeler la police.
Brutus, en situation irrégulière, décampa, jurant au passage, de ne jamais retourner dans ce barabe.
D'aucun aura compris que c'était une très sage idée de sa part.
Elle, avait donc pris la décision de partir de l'appartement partagé avec la brute.
Toutes les victimes n'ont pas cette force...
La nuit dernière, Emilien avait surfé des sites à propos des violences faites aux femmes, et trouvé des numéros utiles, pour l'hébergement d'urgence, le soutien psychologique, etc. Il les donna à
son amie. Aussi, il proposa de l'accompagner pour récupérer ses affaires, et insista pour qu'elle appelle en cas de besoin.
En regardant ses pieds, elle dit "merci".
Ce mot toucha et résonna en Emilien.